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... INTERVIEW ...

Le monde de la presse

Comment étes-vous perçu par le monde de la Presse ?

Tous ces lancements fait que l’on attire les «créateurs». Quand quelqu’un veut lancer un titre, il vient nous voir en priorité…Quant aux patrons de presse, ceux qui me connaissent individuellement, me respectent et c’est important. Les autres, ils parlent, quant aux grands groupes médias, économiquement, on ne les embête pas trop, parce que nous sommes des «challengers»! Eux, c’est la puissance, nous, c’est l’affinité! Les grands groupes nous respectent , malgré tout, de plus en plus. Mais je n'ai jamais attendu à ce que l’on me déroule un tapis rouge ! En ce qui concerne les petits groupes de presse, ce qui me fait plaisir, c’est que je m’aperçois que je leur ouvre les yeux. Ils se disent que ce que je fais, ils pourraient aussi le faire… Je leur apporte un élément d’élan et de la positivité, ils apprécient la démarche, sans complexes, de notre groupe. A la limite, nous ne sommes pas assez nombreux à le faire.

Comment êtes-vous perçu (vous et votre groupe) par les autres groupes de presse ?

Nous avons toujours été un peu à l’écart des grands groupes parce que, culturellement, j’ai toujours fait confiance à des jeunes talents (qui n’avaient pas faits leurs preuves ailleurs) ou à des talents originaux qui n’étaient pas tout à fait dans le système. Nous avons été considérés comme un OVNI dans ce monde de la presse, très feutré, où tout le monde se connaît ou se côtoie. A partir du moment où nous sommes des «challengers», il est bien évident que l’on ne peut pas être toujours perçus ! Mais cela change, nos magazines font désormais partie intégrante du paysage de la presse. Leur diversité contribue à dynamiser le réseau des marchands de journaux, où nous faisons encore, cas unique, 80% de notre CA.

Qu'est ce que vous aimez chez certains patrons de presse ?

Jean-Louis Servan-Schreiber («Psychologies»), par exemple, est quelqu’un que j’estime…. Au lancement de «Féminin Psycho», nous avons fait une erreur sur notre couverture, le mot «Féminin» n’apparaissant pas. Un petit mot d’excuses a suffit… J’en connais d’autres (qui ne s’en sont pas privés !) qui se seraient engouffrés dans la brèche. Ceux que j’aime, ce sont les patrons de presse qui ont l’esprit d’entreprendre. Mais c’est la même chose ; les groupes n’aiment jamais voir apparaître de nouveaux concurrents. Chaque fois, que vous vous lancez sur un nouveau titre ; vous vous créez des inimitiés. C’est normal ; après c’est le temps qui vous fait gagner ou pas. Ainsi, pourquoi critiquer Bernard Arnault avec « les Echos », il vaut mieux l’avoir que le groupe Pearson, surtout s’il réédite dans la presse ce qu’il fait dans le secteur du luxe comme Louis Vuitton. C’est de bonne augure. Pourquoi faire des procès d’intention. Alain Weill est aussi quelqu'un que j'apprécie. Sa relance de La Tribune est exemplaire.


Jean-François Kahn, par exemple, un courageux et un esprit brillant, allié à la passion éditoriale, il fait de vrais journaux. Il y a aussi ce que fait Giesbert, au «Point» ou Alain Weill, ou de Michel Hommel un ami modeste et très humain. J’aime bien Axel Ganz, c’est quelqu’un qui nous a toujours respecté. J’ai eu l’occasion de le rencontrer plusieurs fois et il a toujours été cordial, alors qu’on était en concurrence avec les titres «Management» et «Capital». C’est un patron loyal qui respecte les entrepreneurs ! Il y a deux types de patrons de presse : ceux qui respectent les autres, quelle que soit leur taille… et ceux qui jalousent les entrepreneurs parce qu’ils créent. Les grands sont révocables, car ils ont des comptes à rendre. Il y a aussi la jalousie de l’écriture ! Nous sommes dans un secteur où la liberté d’écrire est un des éléments essentiels de ce métier et je ne m’en prive pas, lorsque je le peux. Notre conseiller éditorial, Michel Clerc , ancien patron de Paris Match, nous a aussi enseigné la bonne distance.

Les grands groupes ont appris a vous apprécier ?


Mais nous faisons à petite échelle, ce que d’autres font d’une manière un peu hégémonique et monopolistique…C’est quoi cette France à deux vitesses où tout le monde veut s’abriter ! Parce que je suis petit commerçant, je n’aurais pas le droit de créer un supermarché ou un hyper ? Nous sommes dans un pays libre qui prône la concurrence et pourquoi un entrepreneur n’aurait-il pas le droit d’avoir envie de faire comme Pinault, Lagardère ou Bouygues, de devenir grand ? Nous sommes en train de montrer que lorsque l’on a des volontés et des talents, on peut y arriver. On s’appelle toujours «Entreprendre» et on a envie de créer et d’avancer… Nous gardons cet esprit «challenger». C’est quand même une autre histoire d’être dans un groupe qui lance des titres que dans un groupe qui ne fait que de la gestion avec des titres à grosse diffusion. Ce que nous faisons est important pour la diversité et le renouveau de la presse en France. Même les gros finissent par le dire – ça change.

On dit de vous que vous êtes un « outsider » de la presse, très créatif mais fantasque.

Lorsque je lis que, pour certains grands groupes, un lancement, c’est 15 millions d’Euros, je constate que c’est mon chiffre d’affaires il y a 3 ans ! Il est bien évident que si j’avais fait comme les autres, nous n’existerions plus aujourd’hui. Il a bien fallu être un peu «Astérix» ou «Don Quichotte», pour partir à la conquête des kiosques! Je crois que l’on arrive pas d’une manière aussi innocente sur un marché aussi convoité, concurrencé ou stratégique, que le marché de la presse française. Toutes ces qualités de créativité, de dynamisme et de risque étaient des ingrédients indispensables. Mais regardez bien avec le recul, mais on ne s’est pas beaucoup trompé sur notre offre éditoriale.

Certains vous reprochent souvent de faire des « clones » d'autres magazines

On peut tous se ressembler, c’est évident ! Il y a cinq couleurs dans l’arc-en-ciel et la couleur rouge est dans de nombreux logos ! Les «clones», tout le monde en fait… Pourquoi aurait-on moins le droit d’en faire ? Nos articles sont originaux. Relisez bien nos magazines… Ne vous fiez pas aux apparences. Je crois que l’on a montré avec «Entreprendre», avec «Le Foot», avec «Féminin Psycho» ou « l’Essentiel de l’immobilier » et « Le Magazine des Livres », que l’on était capable de prendre des risques rédactionnels et de ne pas faire comme les autres. Nous avons, dans chacun de nos titres, notre propre originalité et c’est ce qui plait à nos lecteurs!

Vous marquez beaucoup votre groupe de votre empreinte ?

C’est légitime je suis un créateur – entrepreneur – journaliste Allez voir si Pierre Cordier ou Alain Ducasse ne sont pas très présent à tous les stades de leur entreprise. Et puis souvenez-vous de l'implication d'un Lazareff à France Soir…
Aujourd’hui, si nous sommes perçus comme un groupe créatif, ambitieux, dynamique, un peu «empêcheur de tourner en rond», c'est parce qu’il y aussi l’aspect éditorial. Je ne mâche pas mes mots dans mes éditoriaux. J’ai toujours eu cette image de battant qui dit clairement les choses, qui prend parti et ça, c’est aussi une marque de fabrique que j’ai en moi, en tant que citoyen, mais qui a forcément eu des répercussions sur le groupe de presse. Même si aujourd’hui, je n’écris pratiquement plus dans les titres du groupe (à part dans «Entreprendre » ou dans «Création d’Entreprise magazine»), il y a une personnalisation qui s’est faite sur mon nom. Nous sommes pris au sérieux parce que nous sommes toujours là. Certains de nos magazines ont un vécu : «Entreprendre» fêtera ses 23 ans l’année prochaine, «Le Foot», ses 15 ans, «L’Essentiel de l’Auto», ses 12 ans et «Cuisine revue», ses 8 ans ! Je pense que les professionnels ont compris que, ce n’était pas un coup de jeunesse pour passer l’année ! Il y a une stratégie créatrice et une ambition de construire un groupe dans la durée. C’est d’ailleurs nécessaire au monde des médias. Nous sommes l’exception qui confirme la règle !

On vous reproche souvent d'être à la maquette, de relire un article ou de refaire une couverture. Ce n'est pas l'idée que l'on se fait d'un patron de presse.

Peut-être… mais c’est le seul moyen d’être proche de nos lecteurs, de leurs désirs, de leurs souhaits. Pour moi, c’est passer d’une couverture de foot à un rédactionnel féminin, d’un article sur Lagardère (dans «Entreprendre») à un dossier sur Beigbeder (dans «Le Magazine des Livres») ou d’une chronique d’une personnalité (dans «Célébrité») à des articles pratiques, dans «Maison Revue» ou «Jardin Magazine» ou sérieux, dans «Féminin Santé» ou «Féminin Psycho». Je ne dis pas que cela ouvre l’esprit, mais cela oblige à être extrêmement multiforme. Je suis un homme de terrain ! Mon ami Michel Clerc, un des fondateurs de «Jour de France», me racontait que c’était Marcel Dassault, lui-même, qui dessinait les ailes de ses avions ! Je ne suis pas un entrepreneur financier mais un homme de métier… Le jour où le patron de presse ne regarde plus ses journaux, c’est une autre logique, c’est du management financier!Mais il ne faut pas être étonné qu’ils lui échappent ensuite. La star c’est toujours le journal et il n'y a rien de plus à dépasser que le journal de la veille. D'où cette quête permanente.

Quel est cet esprit qui vous anime depuis 25 ans ?

Certains que je côtoie, dans le milieu de la presse, sont évidemment un peu interrogatifs et curieux. C’est normal ! A la limite, c’est une tentative originale pour essayer d’exister sur un marché où il n’y a pas assez d’outsiders. Ce qui me frappe, c’est que je suis étonnement seul à avoir ce type de démarche! J’aurais toujours cet esprit ambitieux. Je crois que les groupes qui gardent cet esprit sont les meilleurs. L’esprit conquérant sera toujours inscrit dans la philosophie du groupe. Et puis on a qu’une vie aussi une vision positive, et humaniste pour la société !

Vous êtes un des seuls groupes de presse à avoir aussi peu de permanents..

En effet, nous collaborons beaucoup avec des agences de presse extérieures, des pigistes, des studios, avec qui nous travaillons en sous-traitance. J’avais lu un jour dans les pages «économie» d’un grand quotidien, l’histoire d’un fabricant italien de motos qui racontait que l’on pouvait sous-traiter le moteur, la carrosserie, les essieux, les guidons, et qu’il y avait même quelqu’un qui pouvait les assembler, lui-même se chargeant du dépôt de la marque de la distribution et de la finance. Je ne dis pas que c’est une idée qui peut s’adapter à la presse mais cela m’a un petit peu orienté…C’est vrai que l’expérience du journal «Le Sport» m’avait un peu échaudé avec de grosses structures trop intégrées. Il est bien évident qu’en sous-traitant, on accroît la souplesse. L’essentiel est d’obtenir une cohérence entre les titres et une certaine marque de fabrique. Il y a des cahiers des charges et une identité visuelle à respecter. Aujourd’hui, nous avons des titres d'infos pratiques et visuellement accrocheurs, sur du beau papier et sur des marchés grand public. La sous-traitance à l’extérieur a été, pour notre groupe de presse, une manière de grandir plus vite, sans finalement avoir à structurer en interne, ce qui prend énormément de temps et nécessite beaucoup d’investissements.


Ne risquez-vous pas d'être dépossédé en travaillant avec l'extérieur ?

Pas du tout… Je suis l’anti-Jean-Louis Servan-Schreiber ! Il contrôle son titre de A à Z, «Psychologies», la réussite de l’année, mais il ne dirige qu’un seul titre, c'est son choix ! Mon ambition est aussi industrielle car on ne peut pas construire un groupe de presse indépendant sans finances saines. Vous connaissez la phrase « qui paye commande ».La réussite de notre groupe tient beaucoup à cette fédération de valeurs multiformes. Pour un groupe de presse en développement, comme le nôtre, je crois que c’est une bonne idée pour aller plus vite. Malgré tout, plus le temps évolue et plus nous sommes rigoureux sur le choix des collaborateurs extérieurs, sur les cahiers des charges.

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